Les deux réglages reviennent dans toutes les listes de conseils : mettre l’écran en noir et blanc, vider l’écran d’accueil. Ils sont gratuits, réversibles en dix secondes, et à peu près jamais mesurés. On les recommande sur la foi d’une impression, rarement sur celle d’un relevé.

J’ai donc pris quatorze jours pour les tester séparément puis ensemble, avec un carnet, en notant chaque matin trois chiffres de la veille. Un seul appareil, une seule personne, aucune autre modification d’habitude pendant la période.

Le résultat n’est ni spectaculaire ni nul. Un des deux réglages fait baisser le temps d’écran de façon nette, l’autre agit sur un indicateur différent, et les deux ensemble ne s’additionnent pas comme on pourrait le croire. Le point le plus intéressant est arrivé le dixième jour.

  • Durée : quatorze jours consécutifs, du lundi au dimanche de la semaine suivante.
  • Indicateurs relevés : temps d’écran total, nombre de déverrouillages, nombre de sessions de plus de vingt minutes.
  • Référence : deux jours sans aucun réglage, en début de période.
  • Baisse la plus forte : sur les déverrouillages, pas sur le temps total.
  • Effet de retour : nettement visible au dixième jour, sur les deux indicateurs.
  • Portée : un relevé, un appareil, une personne. Aucune généralisation possible.

Quatorze jours, deux réglages, un relevé quotidien

Le découpage a été fixé avant de commencer, ce qui est la seule précaution sérieuse quand on mesure sur soi. Deux jours de référence, cinq jours avec le premier réglage, cinq jours avec le second, deux jours avec les deux.

Aucun réglage n’a été combiné pendant les phases séparées, et l’ordre a été tiré au sort pour éviter de commencer par celui dont j’attendais le plus. Ce détail compte : l’ordre des essais influence les résultats quand l’expérimentateur est aussi le sujet.

Les conditions matérielles sont restées stables. Même appareil, mêmes applications installées, mêmes horaires de travail, aucune période de congés ni de déplacement pendant les deux semaines. Deux week-ends sont inclus, ce qui compte parce que les usages y sont plus élevés.

Une seule règle de conduite s’appliquait : ne rien changer d’autre. Pas de désinstallation, pas de nouveau réglage de notifications, pas de mise à distance du téléphone le soir. Tester deux choses à la fois donne un résultat impossible à attribuer.

Le protocole : ce qui a été mesuré, et avec quoi

Page de carnet manuscrite couverte de courtes lignes chiffrées et de dates

Trois chiffres, relevés chaque matin sur les statistiques d’usage de l’appareil, pour la journée écoulée. Ils ont été recopiés à la main dans un carnet, ce qui évite de rouvrir une application de suivi et d’ajouter du temps d’écran à la mesure.

Le temps d’écran total est l’indicateur le plus connu et le moins fiable. Il additionne des situations très différentes, un itinéraire affiché en voiture et une heure de vidéo, et il varie de plusieurs dizaines de minutes selon la manière dont le système compte les écrans allumés en arrière-plan.

Le nombre de déverrouillages est plus robuste. Il compte des gestes, pas des durées, et il décrit assez bien l’habitude de saisir l’appareil sans intention précise. C’est celui qui bouge le plus vite quand on modifie l’environnement de l’écran.

Les sessions de plus de vingt minutes complètent l’ensemble. Elles isolent les usages longs, ceux qui pèsent réellement sur une soirée, et elles permettent de distinguer une baisse de picorage d’une baisse de consommation continue.

Passer l’écran en niveaux de gris, ce que le réglage fait réellement

L’écran en niveaux de gris se règle dans les paramètres d’accessibilité de l’appareil, sous un intitulé qui varie selon les systèmes, filtres de couleur ou correction chromatique. Le réglage supprime la couleur de l’affichage entier, y compris les photographies et les vidéos.

Ce qu’il fait, techniquement, est très limité : il modifie le rendu de l’écran, rien d’autre. Aucune application n’est bloquée, aucune notification n’est supprimée, aucune donnée n’est affectée. Toutes les fonctions restent accessibles exactement de la même façon.

Ce qu’il change, en pratique, tient au repérage. Les icônes se distinguent beaucoup moins vite les unes des autres, et les signaux visuels conçus pour attirer l’œil, pastilles rouges, vignettes colorées, aperçus d’images, perdent une bonne partie de leur efficacité.

Deux effets secondaires méritent d’être signalés avant que quiconque tente l’expérience. La lecture de graphiques et de cartes devient nettement plus difficile, et le tri de photographies devient impossible. J’ai dû désactiver le réglage deux fois pendant la période, quelques minutes à chaque fois, ce qui figure dans le relevé.

L’écran d’accueil vide, le second réglage

Le principe est différent : on ne modifie pas le rendu, on modifie l’accès. L’écran d’accueil ne conserve que le fond, sans aucune icône ni widget, et toutes les applications restent accessibles par la bibliothèque ou par la recherche.

Le geste devient donc explicite. Ouvrir une application suppose de la nommer, mentalement puis en tapant les premières lettres, au lieu de la reconnaître par sa forme et sa couleur à l’endroit habituel. La différence paraît minuscule, elle porte sur une seconde et demie.

Cette seconde et demie est précisément l’objet du réglage. Le déverrouillage machinal repose sur un enchaînement automatisé, main dans la poche, pouce sur l’écran, icône touchée sans décision consciente. Interrompre la troisième étape suffit à rendre la séquence visible.

La mise en place demande dix minutes et un peu de méthode : retirer les icônes une par une, conserver éventuellement une seule application dans la barre inférieure pour les usages fonctionnels, et vérifier que la recherche est bien accessible depuis l’écran verrouillé.

Jours 1 et 2 : le relevé de référence

Sans aucun réglage, sur un lundi et un mardi ordinaires, le temps d’écran s’établit autour de quatre heures et vingt minutes par jour, pour un peu plus de quatre-vingts déverrouillages et six sessions dépassant vingt minutes.

Ces chiffres m’ont surprise, ce qui est en soi une information : je les aurais estimés à trois heures. L’écart entre l’estimation et la mesure est un phénomène très répandu, et il justifie à lui seul de faire un relevé avant d’essayer quoi que ce soit.

La répartition est plus instructive que le total. Les déverrouillages se concentrent en trois périodes : le réveil, la fin d’après-midi, et une longue traîne entre vingt-deux heures et minuit. Les sessions longues, elles, sont presque toutes situées le soir.

Deux jours de référence sont un minimum insuffisant sur le plan méthodologique, et je l’assume. Une semaine complète aurait été préférable, mais elle aurait allongé la période au point de rendre la comparaison sensible aux variations d’agenda, ce qui est un compromis classique dans ce genre de relevé et pose la même question que toute mesure de déconnexion suivie dans la durée.

Jours 3 à 7 : le gris seul

L’effet est immédiat le premier jour, puis il se stabilise. Le temps d’écran descend autour de trois heures et quarante minutes, les déverrouillages autour de soixante-dix, et les sessions longues passent de six à quatre.

La sensation dominante des deux premiers jours n’est pas la privation mais l’ennui visuel. L’écran cesse d’être agréable à regarder. Les applications de contenu, celles qui reposent sur des vignettes et des couleurs, deviennent nettement moins attirantes, et c’est là que la baisse se produit.

En revanche, les usages textuels ne bougent pas du tout. La messagerie, les courriels et la lecture d’articles restent exactement au même niveau, ce qui est logique : leur intérêt ne repose pas sur la couleur.

À partir du cinquième jour, une adaptation apparaît. Le repérage des icônes redevient rapide par mémoire de position plutôt que par couleur, et les chiffres cessent de baisser. C’est le premier signe de ce qui deviendra visible plus tard dans la période.

Jours 8 à 12 : l’accueil vide seul

Le réglage précédent désactivé, l’écran d’accueil vidé, les chiffres se comportent différemment. Le temps d’écran total ne bouge quasiment pas, autour de quatre heures. Les déverrouillages, eux, chutent nettement, à un peu plus de cinquante.

Ce décalage est le résultat le plus net de tout le relevé. Le réglage supprime des prises en main sans intention, mais il n’écourte pas les sessions décidées. Quand j’ouvre l’appareil pour regarder une vidéo, taper trois lettres ne me dissuade en rien.

Les sessions longues restent à cinq ou six par jour, au niveau de la référence. La soirée n’est pas affectée du tout, ce qui invalide l’idée, souvent avancée, qu’un accueil vide règle la question du temps passé le soir.

Un effet indirect mérite d’être noté. Le geste de taper le nom d’une application rend l’ouverture consciente, et j’ai plusieurs fois interrompu la séquence à ce moment précis, sans plan préalable. Cela n’apparaît dans aucun indicateur, et c’est pourtant ce que j’ai ressenti comme le plus utile.

Jours 13 et 14 : les deux ensemble

La combinaison donne le meilleur résultat brut de la période : autour de trois heures et cinq minutes de temps d’écran, une cinquantaine de déverrouillages, trois sessions longues.

Elle ne donne pas, en revanche, l’addition des deux baisses observées séparément. Chacun des réglages agit sur un indicateur différent, et leur combinaison ne fait pas mieux que le meilleur des deux sur chaque indicateur pris isolément.

Deux jours ne suffisent pas à conclure sur la combinaison, et je m’en tiens là. La seule chose que ce segment permet de dire, c’est que les deux réglages ne se gênent pas et ne produisent pas d’effet de compensation immédiat.

Le confort d’usage, lui, se dégrade sensiblement. Un écran gris sans icônes est austère au point de rendre l’appareil désagréable, et je doute que quiconque tienne cette configuration plusieurs mois sans l’assouplir.

Le relevé complet, phase par phase

Écran de téléphone affichant une grille d'icônes d'applications, tenu à deux mains
perpetual.fostering; https://perpetualfostering.co.uk/ / BY 2.0

Le tableau reprend les moyennes par phase, arrondies. Les valeurs quotidiennes ont varié d’environ vingt pour cent autour de ces moyennes, avec des week-ends systématiquement plus élevés.

Phase Jours Temps d’écran moyen Déverrouillages Sessions de plus de 20 min
Référence, aucun réglage 1 et 2 4 h 20 82 6
Niveaux de gris seul 3 à 7 3 h 40 70 4
Écran d’accueil vide seul 8 à 12 4 h 00 52 5
Les deux ensemble 13 et 14 3 h 05 49 3

La lecture croisée des deux colonnes centrales est ce qui rend ce relevé intéressant. Le réglage qui fait le plus baisser les déverrouillages n’est pas celui qui fait le plus baisser le temps total, et un article qui ne mesurerait qu’un seul indicateur conclurait à l’inverse selon l’indicateur choisi.

L’effet de retour, et pourquoi il apparaît au dixième jour

Le dixième jour, les chiffres remontent nettement : plus de quatre heures et demie de temps d’écran et soixante-cinq déverrouillages, alors que le réglage était toujours actif. Le onzième jour ressemble au dixième. Le douzième redescend légèrement.

Rien dans la journée du dixième jour n’explique cette remontée par les circonstances : pas de déplacement, pas d’événement, pas de rendez-vous supprimé. Ce qui a changé, c’est la familiarité avec le dispositif.

Le mécanisme est facile à décrire une fois observé. Taper trois lettres pour ouvrir une application est devenu, en une semaine, un geste aussi automatique que toucher une icône. La friction introduite par le réglage s’était intégrée à l’habitude au lieu de l’interrompre.

C’est le point le plus important du relevé, et le plus décevant pour qui espère un effet durable. Ces réglages agissent sur une friction, et une friction s’apprend. Leur intérêt réel est probablement de créer une fenêtre de quelques jours pendant laquelle un usage devient visible, à charge d’en faire quelque chose, ce qui rejoint la logique de tout dispositif visant à réduire ce qui capte l’attention en continu.

Ce que ce relevé ne prouve pas

Il porte sur une personne, un appareil et quatorze jours. Il ne permet aucune généralisation, et je n’en tire aucune. Une personne dont l’usage principal est textuel obtiendrait probablement un effet nul avec le premier réglage, puisqu’il agit sur le visuel.

Les indicateurs eux-mêmes ont leurs limites. Les statistiques d’usage produites par les systèmes ne comptent pas toutes la même chose, elles varient d’une version à l’autre, et elles ne distinguent pas un usage professionnel d’un usage de divertissement. Ces données sont par ailleurs conservées sur l’appareil et parfois synchronisées, ce qui pose des questions de traitement décrites par la Commission nationale de l’informatique et des libertés.

Le relevé ne dit rien non plus sur ce qui compte le plus, à savoir la qualité de l’attention pendant le reste de la journée. Trois heures d’écran réparties en cinquante interruptions et trois heures d’écran en deux blocs n’ont pas le même effet sur une journée de travail, et aucun de mes trois indicateurs ne capte cette différence.

Enfin, une expérience menée par la personne qui espère un résultat n’est pas une expérience neutre. J’ai relevé les chiffres avant de les interpréter et je les publie tels quels, y compris ceux qui contredisent l’attente de départ, mais cela ne suffit pas à en faire une démonstration.

Questions fréquentes

Faut-il commencer par un relevé de référence ?

Oui, et c’est la partie la plus utile de tout le protocole. Sans point de départ mesuré, toute évolution ultérieure est interprétée à travers le souvenir, et le souvenir est systématiquement plus favorable que la réalité. Deux jours suffisent pour un ordre de grandeur, une semaine vaut mieux.

Le gris fatigue-t-il moins les yeux ?

Rien dans ce relevé ne permet de le dire, et ce n’est pas ce qu’il mesurait. Le réglage modifie le rendu des couleurs, pas la luminosité ni la fréquence de rafraîchissement, qui sont les paramètres généralement discutés sur cette question.

Peut-on garder l’écran d’accueil vide sur le long terme ?

C’est le plus tenable des deux réglages, parce qu’il ne dégrade pas la lisibilité. Le relevé montre toutefois que son effet s’atténue en une dizaine de jours, ce qui invite à le considérer comme un révélateur ponctuel plutôt que comme une solution permanente.

Que faire de l’effet de retour ?

Le prévoir plutôt que le subir. Un réglage remis en place après une pause de plusieurs semaines retrouve une partie de son effet, ce que je n’ai pas mesuré ici mais que je compte tester ensuite. Enchaîner des réglages différents produit sans doute le même phénomène à chaque fois.

Ces réglages remplacent-ils la coupure des notifications ?

Non, et ils ne jouent pas au même endroit. Une notification provoque une prise en main depuis l’extérieur ; ces deux réglages agissent sur ce qui se passe une fois l’appareil en main. Les traiter ensemble aurait rendu le relevé illisible, et c’est pour cela qu’ils ont été écartés de cette période.

Deux semaines plus tard, j’ai gardé l’écran d’accueil vide et abandonné le gris, qui rendait la moitié de mes usages pénibles. Le chiffre qui a le moins bougé reste le temps du soir, et c’est probablement celui qui demande autre chose qu’un réglage, plus proche d’une réorganisation de ce qu’on fait de ses heures.