En novembre 2016, des internautes ont découvert dans les emails de John Podesta (directeur de campagne d’Hillary Clinton), publiés par WikiLeaks, un langage codé étrange impliquant de la « pizza », du « fromage » et des « pâtes ». Ce qui a suivi est devenu l’un des phénomènes conspirationnistes les plus controversés du 21e siècle — et peut-être l’un des plus mal compris.
Les Emails de Podesta : Le Langage Codé
Les emails en question, dont l’authenticité n’a jamais été contestée (ni par Podesta, ni par le DNC, ni par les services de renseignement), contiennent des passages objectivement bizarres :
Un email de Susan Sandler à Podesta : « La réaliste sur une carte postale est de moi. J’espère que tu la trouves aussi inspirante que moi. Je suis toujours en train de penser si je préfère jouer au dominos sur du fromage plutôt que sur des pâtes. »
Un email mentionnant qu’un propriétaire de ranch avait trouvé un mouchoir avec « une carte qui semble liée à de la pizza ». Cinq échanges d’emails entre des personnalités de Washington pour discuter de ce mouchoir.
Des invitations à des « pizza parties » utilisant un vocabulaire que le FBI a lui-même identifié comme des codes pédocriminels dans un document interne de 2007 (rendu public via Wikileaks) : « cheese pizza » (CP = child pornography), « pasta » et « ice cream » comme termes codés.
Comet Ping Pong : L’Établissement au Centre
Les enquêteurs en ligne ont identifié le restaurant Comet Ping Pong de Washington D.C., propriété de James Alefantis, comme un point focal. Alefantis, alors inconnu du public, avait été classé par GQ Magazine comme l’une des « 50 personnes les plus puissantes de Washington » — pour un gérant de pizzeria.
Le compte Instagram d’Alefantis (depuis supprimé mais archivé) contenait des images troublantes : des enfants les mains scotchées à une table, des commentaires à connotation sexuelle sur des photos d’enfants, des références à des artistes controversés spécialisés dans l’imagerie impliquant des mineurs.
L’Incident Edgar Welch
En décembre 2016, Edgar Maddison Welch, un homme de 28 ans de Caroline du Nord, est entré dans Comet Ping Pong armé d’un fusil d’assaut, affirmant vouloir « libérer les enfants ». Il a tiré un coup de feu (sans blesser personne) dans une armoire qui, curieusement, contenait un disque dur d’ordinateur. Le disque a été immédiatement saisi par le FBI et son contenu n’a jamais été rendu public.
Welch a été condamné à 4 ans de prison. L’incident a été utilisé pour discréditer l’ensemble de l’enquête, la qualifiant de « théorie du complot dangereuse ». Le débat s’est déplacé de « que disent ces emails ? » à « cet homme armé est la preuve que les théoriciens du complot sont fous ».
Jeffrey Epstein : La Théorie Devenue Réalité
Ironiquement, pendant que Pizzagate était qualifié de « théorie du complot démystifiée », l’affaire Jeffrey Epstein prouvait que des réseaux pédocriminels impliquant les plus hautes sphères du pouvoir existaient réellement. Epstein, ami des Clinton, de Trump, du Prince Andrew, de Bill Gates et de dizaines de personnalités, opérait un réseau de trafic de mineurs depuis les années 1990.
La question posée par Pizzagate — « les élites politiques sont-elles impliquées dans des réseaux pédocriminels ? » — a reçu une réponse définitive avec Epstein : oui. La liste complète de ses clients n’a toujours pas été publiée.
Les Précédents Historiques
L’idée que des réseaux pédocriminels opèrent au sommet du pouvoir n’est pas une théorie conspirationniste — c’est un fait historique documenté :
- L’affaire Dutroux (Belgique, 1996) : Marc Dutroux a kidnappé, violé et tué des enfants. L’enquête a révélé des connections avec des personnalités politiques et judiciaires. 27 témoins potentiels sont morts dans des circonstances suspectes pendant l’enquête. 300 000 Belges ont manifesté (la « Marche Blanche »).
- Le scandale de Westminster (Royaume-Uni) : des enquêtes ont révélé que des parlementaires britanniques des années 1970-80, dont le député Cyril Smith et possiblement d’autres ministres, étaient impliqués dans des abus sur mineurs. Un dossier de 114 pages compilé par le député Geoffrey Dickens a été « perdu » par le Home Office.
- L’affaire Franklin (États-Unis, 1988) : un réseau de trafic d’enfants lié au Parti républicain du Nebraska, impliquant Larry King (pas le journaliste). Des enfants témoins ont décrit des parties dans la résidence de George H.W. Bush. L’affaire a été classée et les témoins poursuivis pour parjure.
La Réponse des Médias
La réaction médiatique à Pizzagate a été unanime et immédiate : « théorie du complot démystifiée ». Le New York Times, le Washington Post, CNN et BBC ont tous publié des articles de « debunking » dans les jours suivant l’émergence de la théorie.
Ce qui est remarquable, c’est qu’aucun de ces médias n’a enquêté sur les emails eux-mêmes. Aucun journaliste n’a demandé à Podesta d’expliquer le langage bizarre de ses emails. Aucune investigation n’a été menée sur les connections entre Alefantis et le milieu politique washingtonien. Le debunking consistait essentiellement à dire : « il n’y a pas de sous-sol chez Comet Ping Pong » — alors que la question n’a jamais été uniquement le sous-sol.
Sound of Freedom et le Changement de Paradigme
En 2023, le film Sound of Freedom, basé sur l’histoire vraie de Tim Ballard et sa lutte contre le trafic d’enfants, a généré 250 millions de dollars au box-office mondial, dépassant des blockbusters comme Indiana Jones. Le succès du film montre que le public ne croit plus au narratif officiel selon lequel le trafic d’enfants par les élites est une « théorie du complot ».
Conclusion : Le Vrai Scandale
Pizzagate en tant que théorie spécifique (un réseau opérant depuis une pizzeria) est probablement une simplification excessive. Mais la question sous-jacente — les élites politiques et financières sont-elles impliquées dans des réseaux de trafic et d’abus sur mineurs ? — a été confirmée par Epstein, Dutroux, le scandale de Westminster, l’affaire Franklin, et des dizaines d’autres cas.
Le vrai scandale n’est peut-être pas Pizzagate. Le vrai scandale est que les médias, les institutions et les gouvernements ont utilisé Pizzagate pour discréditer toute enquête citoyenne sur les réseaux pédocriminels des élites — au moment précis où Jeffrey Epstein opérait en toute impunité.

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