Le 22 novembre 1963, à 12h30, le 35e président des États-Unis John Fitzgerald Kennedy est assassiné à Dallas, Texas, alors que son cortège traverse Dealey Plaza. Cet événement a non seulement changé le cours de l’histoire américaine, mais il a aussi donné naissance à ce qui est sans doute la théorie du complot la plus étudiée, la plus débattue et la plus persistante de tous les temps.
La Version Officielle : Lee Harvey Oswald
Selon la Commission Warren, créée par le président Lyndon B. Johnson pour enquêter sur l’assassinat, Lee Harvey Oswald a agi seul. Depuis le sixième étage du Texas School Book Depository, il a tiré trois coups de feu avec un fusil Mannlicher-Carcano de calibre 6,5 mm. La première balle a manqué sa cible, la deuxième a traversé le cou de Kennedy avant de blesser le gouverneur Connally assis devant lui, et la troisième a frappé Kennedy à la tête, le tuant instantanément.
Cette reconstitution, connue sous le nom de « théorie de la balle unique » ou « magic bullet theory », est au cœur de la controverse. Comment une seule balle a-t-elle pu changer de direction à plusieurs reprises, traverser deux corps et causer sept blessures distinctes en restant pratiquement intacte ? Pour les critiques, cette théorie défie les lois de la physique.
Le Film de Zapruder : 26,6 Secondes qui Changent Tout
Abraham Zapruder, un fabricant de vêtements de Dallas, filme par hasard l’assassinat avec sa caméra 8mm Bell & Howell. Ce film de 486 images, durant 26,6 secondes, devient la pièce à conviction la plus analysée de l’histoire. L’image 313, qui montre l’impact de la balle fatale sur la tête de Kennedy, est particulièrement controversée : la tête du président semble être projetée vers l’arrière et vers la gauche, suggérant un tir venant de l’avant — et non de l’arrière, où se trouvait Oswald.
Ce mouvement rétrograde a conduit de nombreux enquêteurs indépendants à conclure qu’un second tireur se trouvait sur le « grassy knoll » (la butte herbeuse) devant le cortège. Plusieurs témoins oculaires ont d’ailleurs rapporté avoir entendu des coups de feu venant de cette direction et avoir vu de la fumée s’élever de derrière la palissade qui surplombe la zone.
Les Suspects Alternatifs
Au fil des décennies, de nombreux suspects ont été proposés. La CIA est souvent citée, en raison de la politique de Kennedy envers Cuba. Après l’échec de l’invasion de la Baie des Cochons en 1961, Kennedy aurait envisagé de démanteler la CIA, s’attirant l’hostilité mortelle de l’agence. De plus, la CIA entretenait des liens étroits avec la Mafia, qui avait ses propres raisons de vouloir éliminer Kennedy — Robert Kennedy, en tant que procureur général, menait une guerre sans merci contre le crime organisé.
La Mafia elle-même est un suspect de premier plan. Jack Ruby, le propriétaire de boîte de nuit qui assassine Oswald deux jours après le meurtre de Kennedy — en direct à la télévision — avait des liens documentés avec la pègre de Chicago et de Dallas. Pour les théoriciens, Ruby a agi pour réduire Oswald au silence avant qu’il ne puisse témoigner et révéler les véritables commanditaires.
Le complexe militaro-industriel est également pointé du doigt. Kennedy avait signé le mémorandum NSAM-263, prévoyant le retrait progressif des conseillers militaires américains du Vietnam. Sa mort a permis à Johnson de renverser cette politique et d’escalader massivement l’engagement américain, générant des milliards de dollars de contrats pour l’industrie de l’armement.
Le HSCA : Un Deuxième Tireur Probable
En 1976, le Congrès américain crée le House Select Committee on Assassinations (HSCA) pour réexaminer l’affaire. En 1979, le comité conclut que Kennedy a « probablement été assassiné dans le cadre d’un complot » et qu’un second tireur a « probablement » fait feu depuis le grassy knoll. Cette conclusion officielle contredit directement le rapport de la Commission Warren et n’a jamais été formellement réfutée.
Cependant, le HSCA n’est pas parvenu à identifier les conspirateurs. Le comité a examiné les pistes de la Mafia, de Cuba et des services de renseignement, sans pouvoir conclure définitivement sur l’implication de l’une ou l’autre.
Les Documents Toujours Classifiés
Plus de soixante ans après les faits, des milliers de documents relatifs à l’assassinat restent classifiés. Le JFK Records Act de 1992 prévoyait la déclassification complète des archives pour 2017, mais les présidents Trump et Biden ont tous deux reporté cette échéance pour des raisons de « sécurité nationale ». Que contiennent ces documents que le gouvernement refuse de rendre publics six décennies après les faits ?
Les quelques documents déclassifiés ont déjà révélé des informations troublantes : la CIA avait des contacts avec Oswald avant l’assassinat, le FBI avait reçu des menaces contre Kennedy à Dallas et n’avait pas renforcé la sécurité, et plusieurs témoins clés sont morts dans des circonstances suspectes dans les années suivant l’assassinat.
L’Impact Culturel
L’assassinat de JFK a profondément marqué la psyché américaine et mondiale. Il représente le moment où une génération entière a perdu sa confiance dans le gouvernement. Le film « JFK » d’Oliver Stone (1991) a popularisé les théories du complot auprès d’un public mainstream, et chaque anniversaire de l’assassinat relance le débat.
Que la vérité se trouve dans le rapport Warren, dans les conclusions du HSCA, ou dans les documents toujours classifiés, une chose est certaine : l’assassinat de JFK reste la blessure ouverte de la démocratie américaine. Et tant que les archives ne seront pas entièrement publiées, le doute persistera — alimentant l’une des théories du complot les plus documentées et les plus fascinantes de l’histoire.

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