Le 10 août 2019, Jeffrey Epstein a été retrouvé mort dans sa cellule du Metropolitan Correctional Center de New York. Officiellement, il s’est suicidé par pendaison. Officieusement, presque personne n’y croit — pas même les gardiens de prison qui étaient censés le surveiller.
L’affaire Epstein est peut-être le scandale le plus explosif de notre époque, non pas pour ce qu’elle a révélé, mais pour ce qu’elle continue de cacher.
Le réseau : de la Floride à l’île privée
Jeffrey Epstein n’était ni un génie de la finance ni un philanthrope. Il était un proxénète de luxe qui a construit, pendant plus de deux décennies, un réseau d’exploitation sexuelle de mineures au service des hommes les plus puissants du monde.
Son empire comprenait :
- Un hôtel particulier de 7 étages à Manhattan (le plus grand résidence privée de New York), évalué à 77 millions de dollars
- Un ranch de 7 500 hectares au Nouveau-Mexique
- Little Saint James, une île privée dans les îles Vierges américaines, surnommée « Pedophile Island » par les locaux
- Un appartement à Paris, dans le 16e arrondissement
- Un jet privé, surnommé le « Lolita Express », dont les carnets de vol constituent l’une des preuves les plus accablantes de l’affaire
Les carnets de vol du « Lolita Express » répertorient les noms des passagers qui ont voyagé avec Epstein vers son île privée. Parmi eux : Bill Clinton (au moins 26 vols documentés), le Prince Andrew, Kevin Spacey, Alan Dershowitz et des dizaines d’autres personnalités de premier plan.
La première arrestation : un accord incompréhensible
En 2008, malgré des preuves accablantes — témoignages de 36 victimes mineures, carnets de rendez-vous détaillés, photos compromettantes — Epstein a bénéficié d’un accord de plaider-coupable extraordinaire négocié par le procureur Alexander Acosta (futur secrétaire au Travail de Donald Trump).
Cet accord, connu sous le nom de Non-Prosecution Agreement (NPA), lui a permis de :
- Plaider coupable pour une simple « sollicitation de prostitution » (et non trafic sexuel de mineures)
- Purger seulement 13 mois de prison dans une aile VIP
- Sortir 6 jours par semaine en « programme de travail » pour se rendre à son bureau
- Et surtout : accorder l’immunité pénale à tous ses co-conspirateurs non nommés
Cette dernière clause est la clé de voûte du scandale. En accordant l’immunité aux co-conspirateurs « non nommés », l’accord protégeait de facto toutes les personnalités qui avaient participé au réseau d’Epstein. Qui étaient ces co-conspirateurs ? Le procureur Acosta a plus tard confié off-the-record qu’on lui avait dit de « ne pas toucher à Epstein » parce qu’il « appartenait aux services de renseignement ».
La mort la plus suspecte du siècle
Après sa seconde arrestation en juillet 2019, Epstein a été placé sous « surveillance suicide » dans la prison fédérale la plus sécurisée de New York. Puis, la nuit du 9 au 10 août :
- Les deux caméras de surveillance devant sa cellule ont « dysfonctionné » — l’une ne fonctionnait pas, l’autre a produit des images « inutilisables »
- Les deux gardiens assignés à sa surveillance se sont endormis simultanément et ont falsifié les rapports de ronde
- Son compagnon de cellule a été transféré la veille, le laissant seul — en violation directe du protocole
- Les os de son cou présentaient des fractures multiples, incluant l’os hyoïde, que le médecin légiste indépendant Dr Michael Baden (qui a supervisé l’autopsie de JFK) a qualifiées de « plus compatibles avec une strangulation homicide qu’avec un suicide »
Le frère d’Epstein, Mark, a commandé sa propre autopsie indépendante et affirmé publiquement que son frère avait été assassiné. Le médecin légiste officiel de New York a maintenu la conclusion de suicide — sous une pression politique considérable.
Ghislaine Maxwell et le procès du silence
En décembre 2021, Ghislaine Maxwell, la complice principale d’Epstein et fille du magnat de la presse Robert Maxwell (lui-même agent du Mossad selon de multiples sources), a été reconnue coupable de trafic sexuel de mineures. Elle a été condamnée à 20 ans de prison.
Mais le procès Maxwell a laissé une question béante : si elle a été reconnue coupable d’avoir recruté et préparé des mineures pour le compte d’hommes puissants, qui étaient ces hommes ? Aucun « client » d’Epstein n’a été poursuivi. Aucun nom n’a été officiellement ajouté à la liste des accusés. Le système judiciaire a condamné la recruteuse tout en protégeant ceux qu’elle recrutait pour.
Les documents déclassifiés de 2024
En janvier 2024, un juge fédéral a ordonné la publication partielle de documents judiciaires liés à l’affaire Epstein. Ces documents, totalisant environ 900 pages, ont confirmé certains noms déjà connus tout en soulevant de nouvelles questions.
Les documents mentionnent des contacts avec des personnalités de la politique, de la finance, de la tech et du show-business. Mais les passages les plus révélateurs restent lourdement caviardés — des pages entières de noms effacés sous des bandes noires.
Les défenseurs des victimes estiment que la « vraie liste » — celle qui contient les noms de tous les hommes qui ont abusé des victimes mineures d’Epstein — représenterait entre 200 et 300 personnes. Cette liste existe. Elle est entre les mains du FBI. Elle ne sera probablement jamais rendue publique.
La question qui hante l’Amérique
Comment un homme accusé de trafic sexuel de mineures a-t-il pu opérer pendant plus de 20 ans, en pleine lumière, avec des victimes qui se comptent par centaines, sans que ni le FBI, ni la CIA, ni aucun gouvernement n’intervienne ? Comment a-t-il accumulé une fortune estimée à 577 millions de dollars alors que personne ne peut expliquer la source exacte de son argent ?
La réponse la plus logique — et la plus terrifiante — est qu’Epstein n’opérait pas malgré les services de renseignement, mais pour eux. Son réseau aurait servi d’outil de compromission : filmer des personnalités dans des situations compromettantes avec des mineures, puis utiliser ces enregistrements comme levier de contrôle.
Si cette hypothèse est correcte, alors Jeffrey Epstein ne sera jamais le dernier. Tant que le pouvoir existera, il existera des hommes prêts à tout pour le conserver — y compris à exploiter les plus vulnérables.
Et tant que la « liste complète » restera secrète, justice ne sera jamais rendue.

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